Il est 16 heures.
Grenoble est une fournaise cet été. L'air est chaud, le soleil écrasant, le sol bouillant. Chaque reflet est une torture.
Chacun cherche la fraîcheur d'une fontaine, le frais de l'Isère qui s'écoule indifférente, la douceur de l'air sur les hauteurs de la Bastille ou la tiédeur venteuse des rues piétonnes...
Ah les rues piétonnes..., ces constructions denses et hautes qui empêchent le soleil de s'imposer, ces corridors dédaléens où le vent vit autrement.
Les êtres se laissent porter par les zéphirs permanents, respirent enfin dans la bienveillance des murs de vieille pierre qui les abritent, passent des embruns d'une fontaine à ceux d'une
autre...
J'adore cet endroit.
Avec le Poilu, à vélo, on s'enfonce dans le ventre de la vieille ville, dans ce labyrinthe aéré. C'est là que les notes sucrées d'un jazz sud américain nous appellent, un saxo c'est sûr.
Tout prend une autre dimension, les sons s'enveloppent dans le vent, sévadent, s'amplifient entre les hauts murs.
Je souris sans le vouloir, nous ne tardons pas à trouver l'artiste.
Ou plutôt les artistes.
Deux jeunes hommes; l'un assis, les boucles folles, joue de la guitare et le second, borsalino immaculé, les yeux fermés, improvise sur un sax alto.
Mais nous ne sommes pas les seuls à les avoir trouvés. La police municipale arrive, discute gentiment avec eux mais, fermement, les oblige à ranger.
Je n'ai pas de jugement à émettre, ni de question à poser.
Je voulais juste remercier ces deux jeunes hommes de l'instant de magie qu'ils nous ont donné.